Censé entrer en vigueur le 29 mars 2019, le Brexit a été reporté à maintes reprises. Cette situation inquiète les constructeurs automobiles, car l’évènement aura un impact significatif sur leurs activités. Aux dernières nouvelles, ils devront encore patienter onze mois avant de connaître les termes de l’accord avec Bruxelles. Explications.

Le Brexit affectera fortement les filières nécessitant des échanges fréquents entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, comme l’industrie automobile, le secteur de l’assurance, etc. Vu les enjeux, de nombreux constructeurs de voitures ont pris des dispositions en cas de no deal ou de Brexit dur, c'est-à-dire une sortie de l’UE sans accord.

Les acteurs du secteur sont surtout préoccupés par les problèmes de timing créés par la mise en place de douanes. Volvo a ainsi menacé de retirer ses produits du marché britannique si le pays exigeait une homologation spécifique. En effet, cette situation risque de générer un surcoût pour les marques étrangères.

Des incertitudes néfastes pour toute l’industrie automobile

Le Brexit a créé un climat d’incertitudes affectant gravement les activités économiques du Royaume-Uni ces dernières années. Dans l’industrie automobile par exemple, l’attentisme généralisé a fait baisser significativement les investissements à partir de 2016.


En 2015, ils étaient estimés à 2,5 milliards de livres. Ce chiffre a baissé progressivement au cours des années qui ont suivi pour s’établir à 588,6 millions de livres en 2018. L’an dernier, il a légèrement augmenté, dépassant ainsi la barre du milliard.

Toutefois, si le montant a atteint 1,1 milliard de livres en 2019, c’est essentiellement dû au milliard investi par Jaguar Land Rover dans son unité de production implantée à Castle Bromwich. Le constructeur a en effet modernisé cette usine pour pouvoir y produire des voitures électriques. Quoi qu’il en soit, cette somme reste 60 % inférieure à la moyenne des investissements réalisés dans le pays durant les 7 dernières années.

D’autre part, les marques qui ont choisi le Royaume-Uni comme point stratégique pour s’imposer en Europe réévaluent leur politique. Nissan a notamment décidé d’arrêter la production de la prochaine génération de X-Trail dans son site à Sunderland.

Pour sa part, Honda a annoncé la fermeture de son site de Swindon l’an prochain. PSA envisage également cette mesure radicale pour l’usine Vauxhall sise à Ellesmere Port en cas de no deal. En somme, des négociations non concluantes risquent d’entraîner des conséquences dramatiques sur la filière automobile britannique.

Une situation qui menace le fonctionnement même de l’industrie automobile

Face au contexte actuel, la SMMT (Society of Motor Manufacturers and Traders) a récemment fait part de ses inquiétudes concernant les 578 700 véhicules exportés par le Royaume-Uni vers l’UE l’année dernière. Ces voitures risquent en effet de plus être conformes aux normes en vigueur sur le marché européen.


La SMMT est particulièrement préoccupée par le sujet en tant que représentante des constructeurs britanniques. Le syndicat Unite interpelle aussi les négociateurs et décideurs par rapport aux enjeux liés au Brexit. D’après l’organisme, il en va de la survie de la filière dans le pays.

Selon les spécialistes, des échanges fluides entre l’Europe et le Royaume-Uni sont indispensables pour le bon fonctionnement de l’industrie automobile. Ce critère se révèle crucial pour les constructeurs, les sous-traitants et autres acteurs du secteur.

En moyenne, 54,8 % des exportations des constructeurs britanniques sont destinées au marché automobile européen. Le Royaume-Uni importe par ailleurs environ 90 % des voitures immatriculées dans le pays (2,4 millions d’unités en 2019).

Outre les échanges de produits finis, le pays importe et exporte des pièces automobiles. D’ailleurs, 1 100 camions de livraison desservent chaque jour l’UE et le Royaume-Uni à cet effet. Dans ce contexte, les taxes douanières et les éventuels désagréments (retards notamment) aux frontières peuvent avoir de graves conséquences. En effet, le timing est un élément décisif dans l’industrie automobile. Pourtant, le Brexit menace la libre circulation des composants indispensables pour les constructeurs.