Pour réduire leur empreinte carbone, nombre de consommateurs basculent vers les solutions de mobilité verte. La trottinette électrique en fait partie. Il semble pourtant que la réduction des émissions occasionnée par l’utilisation de ce moyen de déplacement ne supplée pas le surcoût de carbone généré par sa fabrication et sa gestion (cas des trottinettes partagées).

Souvent présentées comme un moyen de déplacement respectueux de l'environnement, les trottinettes électriques sont de plus en plus plébiscitées en ville. Le marché de l'assurance trottinette électrique se développe ainsi en même temps que la fabrication et la gestion de ce type de véhicule.

Or, ces deux dernières activités sont à l'origine d'émissions de CO2. Ces dernières sont d'ailleurs telles qu'elles ne sont pas compensées par les rejets évités par l'usage des trottinettes électriques. C'est ce qu'a révélé Anne de Bortoli, une chercheuse en durabilité des transports à l'École des Ponts Paris Tech, dans un article publié sur The Conversation.

Un impact environnemental plus important que celui des transports en commun

Le transport joue un rôle capital dans la transition climatique. En 2010, ce secteur représentait déjà 14 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). Dans ce contexte, le déploiement massif de trottinettes électriques en libre-service entre 2017 et 2018 semblait être la solution au problème.


Cependant, l'usage de ces véhicules a rapidement suscité la polémique. En effet, les trottinettes électriques étaient impliquées dans nombre d'accidents. Par ailleurs, leur durée de vie moyenne n'excédait pas 28 jours. En outre, certains spécialistes ont évoqué leur impact écologique.

Concernant ce dernier point, une étude menée aux États-Unis montre que les émissions de CO2 d'une trottinette électrique partagée s'établissent à environ 130 g/km par personne dans ce pays. Si ces rejets sont moins importants que ceux générés par une voiture, ils sont en revanche plus élevés que ceux des transports en commun.

Anne de Bortoli a tenu à préciser qu'il est indispensable de considérer le cycle de vie d'un moyen de déplacement pour évaluer correctement son impact environnemental. Cette approche exige de prendre en compte :

  • La fabrication ;
  • L'usage ;
  • L'entretien ;
  • La fin de vie du véhicule et des infrastructures associées.

La chercheuse a notamment étudié l'effet de l'arrivée des trottinettes électriques sur le bilan carbone des déplacements des Parisiens. Pour ce faire, elle a développé un modèle pour évaluer les émissions des moyens de transport principalement utilisés dans la capitale en se basant sur leur cycle de vie.

La modélisation révèle que les trottinettes en libre-service ont été à l'origine de près de 13 000 tonnes de GES supplémentaires en un an. Ce bilan négatif s'explique essentiellement par les émissions liées à la fabrication des véhicules et à leur gestion. Il est également imputable au remplacement de transports peu émissifs par les trottinettes.


Plusieurs suggestions pour améliorer le bilan carbone des trottinettes électriques

Selon Anne de Bortoli, un mauvais bilan carbone ne constitue pas une raison pour interdire les trottinettes dans les villes. Elle note que ces véhicules ont tout à fait leur place dans une politique de mobilité bas carbone à condition d'en faire une solution de déplacement plus durable.

Dans la pratique, il s'agit de :

  • Revoir la conception des trottinettes pour améliorer leur longévité ;
  • Réduire les rejets de GES générés par la gestion de flotte ;
  • Privilégier les reports modaux portant sur les moyens de déplacement plus émissifs.

L'amélioration de la conception consiste à diminuer l'impact de la fabrication des trottinettes rapportée au nombre de kilomètres qu'elles peuvent parcourir. Pour ce faire, les fabricants devront se baser sur des études relatives au cycle de vie des véhicules qu'ils produisent. Par la suite, il faudra qu'ils émettent des déclarations de performance environnementale validées par des tiers indépendants. Les consommateurs pourront les consulter avant tout achat.

Pour sa part, la réduction des émissions générées par la gestion de flotte peut impliquer d'optimiser les tournées. La localisation des entrepôts d'entretien peut aussi être changée. Par ailleurs, il est possible de recourir aux batteries amovibles. Autrement, l'achat de sa propre trottinette peut être envisagé pour supprimer complètement cet impact.


Il faut savoir que lorsqu'elle est bien entretenue, une trottinette électrique personnelle peut parcourir 15 000 km. À Paris, cette performance équivaut à celle des transports en commun. Deux raisons expliquent cette situation. Tout d'abord, l'impact environnemental des transports publics parisiens est limité par leur taux d'occupation très élevé. Par ailleurs, l'électricité utilisée en France figure parmi les plus décarbonées à l'échelle internationale. En tout cas, cette performance excède largement celle des transports en commun dans de nombreuses autres villes. Enfin, la trottinette se présente comme la solution au casse-tête du dernier kilomètre.