Mediator

L'affaire Mediator n'a pas fini de révéler ses mystères. En effet, à l'origine de milliers de décès, le médicament a été majoritairement prescrit comme coupe-faim durant une trentaine d'années. Ce qui aurait dû mettre la puce à l'oreille, selon certains, à l'Assurance Maladie notamment. Ainsi, des documents confidentiels, révélés au grand jour, démontrent la négligence de celle-ci. Etait-elle au courant des déviances de prescription de ce médicament ?

Tout commence fin décembre où la Commission d'Accès aux Documents Administratifs (Cada) autorise l'ITS (Initiative Transparence Santé) à se renseigner sur les chiffres concernant la prescription et la commercialisation du Mediator entre 1999 et 2009 en France. Le directeur général de la Caisse Nationale d'Assurance Maladie (Cnam), Frédéric Van Roekeghem, refusait fermement de délivrer tout document.


Ainsi, ces informations permettront à l'ITS de connaitre le nombre d'assurés sociaux ayant effectivement ingéré du Mediator, la durée moyenne des traitements, les taux de prescriptions médicales procédées hors autorisation de mise sur le marché, le nombre des boîtes remboursées ainsi que celles qui ne l'étaient pas, durant cette période. Autre notion importante, ces documents permettent de distinguer le nombre de différents médecins prescrivant ce traitement, parfois à outrance, ainsi que les principales branches de médecins. Le montant des remboursements aux patients serait ainsi connu.

Après examen des chiffres, l'ITS estime que l'Assurance Maladie savait incontestablement que le Mediator était prescrit non seulement avec démesure mais surtout hors de ses indications. Dans une lettre du 31 janvier provenant de la Cnam adressée à l'ITS, on y découvre que 400 000 français étaient des consommateurs réguliers de Mediator. Entre 2000 et 2009, 55 millions de boites ont été prescrites et commercialisées, soit un montant total de 210 millions d'euros, bien entendu pris en charge par la collectivité. Cependant, la Cnam ne donne pas clairement le nombre de prescriptions médicales effectuées en dehors de l'autorisation de mise sur le marché («hors AMM»). Ce qui amoindrit les résultats escomptés par l'ITS.

Selon ITS : «En 2008 à l'échelle nationale, le médicament de Servier était prescrit dans environ 80% des cas hors de ses indications officielles. Soit la Cnam avait connaissance de ce mésusage et n'a rien fait, ce qui nous semble hautement critiquable. Soit elle ne le savait pas mais aurait facilement pu le découvrir. La réponse que notre collectif est parvenu à obtenir (avec difficulté) en atteste.»