La digitalisation bouleverse profondément le secteur de l’assurance

L'évaluation du risque en assurance est transformée en profondeur par la multitude de données inhérentes à l'ère du numérique. Le chamboulement commence de la connaissance du risque à sa probabilité en passant par sa mesure et son analyse. C'est certainement le plus grand choc que l'assurance ait connu depuis son émergence à l'époque médiévale.

Si elles ne semblent pas se manifester en surface, les perturbations entraînent des manœuvres d'envergure à l'instar du rachat de XL Group par AXA ou encore la tentative de rachat de Scor par Covéa. Le marché est exposé à 3 principaux risques dont les assureurs auront de la peine à se préserver.


Le risque d'écrémage

Les assureurs peuvent désormais optimiser le tri des clients grâce au traitement des données. Cependant, les nouveaux entrants peuvent être tentés de n'accepter que les meilleurs profils. Cela remettra en cause la mutualisation des risques à terme. Le secteur reste néanmoins partagé sur cette menace. Denis Kessler, PDG de Scor, affirme :

« Il y a depuis toujours une tension féconde entre la loi des grands nombres et la caractérisation des individus ».

Apparus de l'espoir d'acquérir des clients présentant le moins de risques, de nombreux assureurs ont étendu leur critère de recrutement initial pour croître et réduire les coûts de fonctionnement élevés comme l'information ou la réglementation.

Les bases de données pourraient cependant modifier cette situation. Aux États-Unis, les assureurs peuvent évaluer l'espérance de vie d'un potentiel client simplement à partir d'un selfie grâce au système proposé par la start-up Lapetus. Le patron d'une grande compagnie d'assurances européenne explique :

« Si l'écrémage se répand, le danger est tel pour l'assurance que les pouvoirs publics contraindront les compagnies à accepter les mauvais risques ».

Il ne s'agira d'ailleurs pas d'une première. En effet, la Cour de justice européenne avait déjà défendu aux assureurs de proposer aux conducteurs des primes moins élevées en 2011, cela malgré le fait qu'elles soient impliquées dans moins d'accidents.

Le risque de déclin

L'assurance auto est celle qui risque le plus d'en pâtir. Selon une étude effectuée par le cabinet international de conseil en stratégie BCG avec la banque d'investissement américaine Morgan Stanley, les primes d'assurance automobile dans certains pays avancés risquent de chuter jusqu'à 80 % d'ici une vingtaine d'années.

La voiture autonome en est la première cause car les capteurs, calculateurs et données qu'elle embarque devraient permettre de réduire les accidents.


Les clients se réjouiront sûrement d'avoir une assurance auto pas cher. Toutefois, un tel déclin mettra réellement le secteur en péril. Le patron d'une grande mutuelle s'inquiète :

« Le marché de l'automobile fait la moitié de mon chiffre d'affaires. Dans quinze ans, je ne sais pas s'il existera encore ».

Le business model est un autre point sujet à questionnements. En effet, les habitudes de consommation ne sont plus les mêmes. Les conducteurs s'orientent de plus en plus vers la location. Du B to B, le marché bascule au B to C. Prochainement, l'assurance des voitures sera peut-être prise en charge par le constructeur lui-même qui intègrera son coût dans le prix du véhicule.

Dans l'assurance habitation et l'assurance santé, l'utilisation d'outils de prévention et de détection permettra d'éviter des catastrophes. Dans un nouveau monde où la maîtrise du risque est optimisée, les assureurs devront créer de nouveaux marchés pour s'imposer.

Le risque de basculement des compétences

La révolution de l'information bouleverse le métier d'assureur. Un grand acteur du secteur estime :

« Les Gafa du monde entier vont devenir courtiers ».

Perdre le contact avec les clients, c'est avant tout ce que risquent les assureurs. Le groupe Accor en a notamment fait l'expérience avec la croissance exponentielle de Booking, un service de réservation en ligne. Ici, la solution est de devenir une plateforme de services proposant de l'assurance.


S'il est moins visible en aval, le changement n'en est pas pour autant déterminant. La secrétaire générale de l'Association de Genève, Anna Maria D'Hulster, explique dans un rapport traitant de mégadonnées publié en 2018 :

« Les nouvelles technologies permettent à l'assurance d'évoluer d'un rôle de pure protection vers un rôle de prédiction et de prévention des risques ».

En effet, le grand nombre de données aujourd'hui disponibles simplifie l'identification des zones à risque et de la prévention des accidents.

L'assurance deviendra progressivement une coproduction de l'assureur et de l'assuré. Alors qu'ils ont été embauchés pour leur expertise technique, les salariés devront se rapprocher du client afin de l'accompagner dans la prévention des sinistres et plus après leur survenue comme auparavant. Pour les ressources humaines, il s'agit d'un grand défi.