Le personnel de santé va bénéficier d’une revalorisation comme l’a indiqué le Premier ministre. Cependant, cette mesure ne semble pas s’étendre aux établissements privés à but collectif. Quoi qu’il en soit, une autre alternative leur permettrait également de bénéficier de cette politique. Ils ont aussi tenu à mettre en lumière une concurrence déloyale dans leur secteur.

Les hôpitaux privés participent, eux aussi, au « Ségur de la santé ». Cependant, ils ne semblent pas être inclus dans le groupe de travail consacré à la revalorisation salariale des carrières et des rémunérations hospitalières. En revanche, ils seront à même de bénéficier de cette mesure à travers une négociation conventionnelle.

D'autres accords, qui concernent notamment les complémentaires santé, sont aussi avancés afin de réguler les rémunérations des praticiens afin que chacune des trois fédérations puisse bénéficier de leurs services. Une politique qui permettrait de satisfaire les attentes de ces professionnels quant à leurs honoraires tout en évitant aux patients d'avoir à payer des frais médicaux supplémentaires.

Les Espic, non concernés par la revalorisation

Les Espic ne sont apparemment pas concernés par la revalorisation. Un point qui inquiète quelque peu les établissements concernés comme l'a souligné le directeur de l'hôpital de Foch à Suresnes, et membre de la Fehap, Jacques Leglise :

Le pire qui puisse nous arriver, c'est que l'enveloppe de revalorisation soit réservée aux établissements publics, et qu'on nous dise de nous débrouiller avec notre budget. Nous ferions face à une explosion sociale, car nous n'avons pas les moyens d'augmenter les salaires.

À savoir, ces institutions de santé doivent déjà composer avec une forte concurrence et un budget serré. Il est aussi à noter que ces établissements sont financés par les fonds publics par l'intermédiaire des crédits d'assurance maladie. Ce dirigeant ne désespère pas du moins que cette revalorisation s'étende vers les établissements de santé privés d'intérêt collectif, dit Espic. Et pour cause, il a fait remarquer que :

Le Premier ministre a parlé de réformer l'hôpital et non l'hôpital public.

La Fehap a calculé qu'il faudrait un apport massif de 800 à 900 millions d'euros afin que leurs salariés puissent bénéficier d'une revalorisation à hauteur de 300 euros par mois. Ce financement serait possible grâce à la suppression des taxes sur salaires. En effet, les salariés des Espic bénéficient d'une rémunération inférieure à celle des autres secteurs, mais font encore l'objet de la même imposition. Un fait que trouve « absurde » Jacque Leglise quand il a tenu à le souligner que :

Le personnel représente 70 % de nos dépenses. Or, 6 à 7 % de ces frais sont en fait de la taxe sur les salaires […] On majore artificiellement nos dépenses de santé par rapport aux autres pays européens.

Ainsi, la suppression de cette taxe permettrait aux Espic de s'aligner sur la grille salariale des hôpitaux publics ainsi que celle des établissements de santé à but lucratif.

Une modération des salaires en contrepartie d'une libéralisation

Autre sujet de débat : la concurrence des médecins. Ces derniers ont souvent des prétentions salariales que ne peuvent satisfaire les Espic. Ce qui limite leur capacité à apporter les soins adéquats à certains patients. C'est du moins ce qu'a confirmé Jacque Leglise dans ce propos :

Les médecins ont de telles revendications salariales que dans le cadre des grilles, on n'y arrivera jamais ; sans compter qu'il y a un risque de nomadisme européen.

Il n'est, de ce fait, que les médecins préfèrent se tourner vers les établissements publics ou lucratifs, où ils sont mieux rémunérés et au sein desquels ils peuvent facturer des dépassements d'honoraires. Une situation préoccupante selon les dires de Jacque Leglise :

Si on ne prend pas le sujet à bras-le-corps, on va vers un système à l'américaine, avec du dumping salarial et des dépassements très importants payés par les patients.

En guise d'exemple, le secteur privé est plébiscité par les médecins, aux États-Unis, au détriment du secteur public.


La solution serait une charte de modération salariale. Si les établissements publics, privés à but lucratif et les Espic s'accordent sur une grille salariale, chaque secteur bénéficierait de la même qualité de personnel.

En contrepartie, on pourrait autoriser l'exercice professionnel mixte privé-public chez les professionnels médicaux. Ils disposeraient alors de créneaux pour exercer en libéral, parallèlement au poste qu'ils occupent dans les Espic ou dans le public afin de continuer de bénéficier d'une bonne rémunération. Mais il faudrait surtout mettre en en avant la politique de « reste à charge zéro » avec les complémentaires santé afin que les médecins ne puissent facturer des dépassements d'honoraires aux patients.