En France, la question de santé a été supplantée par logique économique. C’est ce qu’affirme le professeur André Grimaldi, qui enseigne la diabétologie et l’endocrinologie au CHU de la Pitié-Salpêtrière. Il note également que la pandémie de coronavirus a montré que l’Hexagone et l’Europe en général dépendent grandement de l’Asie, notamment concernant la première partie de la production pharmaceutique. Explications.

Les tarifs auxquels sont proposés les médicaments ne concordent pas du tout avec les sommes qui ont été réellement investies dans la recherche & développement. La plupart du temps, leurs prix sont déterminés sur la base du SMR (Service médical rendu). Ainsi, bien que les médecins soient invités à prescrire des médicaments au moindre prix, cette recommandation semble superflue étant donné qu'ils ignorent leur coût réel.

Par ailleurs, les entreprises pharmaceutiques doivent assurer leur rentabilité pour éviter un rachat ou une restructuration. Dans ce contexte, la souscription d'une couverture santé complémentaire prend tout son sens. Pour réaliser des économies, il est recommandé de recourir à un comparateur mutuelle santé.

Quelques priorités en matière de santé

La santé reste un vaste chantier dans l'Hexagone. La refondation du système de soins figure parmi les questions prioritaires à aborder selon le professeur Grimaldi. Le diabétologue avance notamment que l'exécutif ne doit pas reproduire les erreurs qui ont déjà été commises.


Le retard de la France en matière de politiques de prévention environnementale constitue un autre sujet important. Comme l'a indiqué le médecin :

[…] cette crise annonce peut-être d'autres crises en France, où l'on dispose d'un système de soins plus que de santé.

En outre, les pénuries de médicaments doivent être réglées d'urgence pour pouvoir assurer une sécurité sanitaire. Certes, la résolution de ce problème nécessite des investissements à court terme. Néanmoins, ces derniers permettront d'éviter de payer très cher l'insuffisance de médicaments indispensables.

Le professeur Grimaldi déplore le fait que la santé soit devenue une prestation à partir des années 2000. Dès lors, la qualité a été conditionnée par le développement de la concurrence. La logique est ainsi passée de celle de stock à celle de flux. Le spécialiste s'indigne :

Conséquences pour l'hôpital : on a fermé ces cinq dernières années des dizaines de milliers de lits, on s'est retrouvé sans stock de masques et de médicaments…

Plusieurs pistes pour lutter contre les pénuries de médicaments

Selon le professeur Grimaldi, les pénuries persisteront tant que la même logique sera appliquée. Ces problèmes concerneront principalement les MITM (médicaments d'intérêt thérapeutique majeur). En font entre autres partie les vaccins, les antibiotiques et les corticoïdes. Le médecin explique :

[…] Pour produire des MITM, on va produire les principes actifs en Chine, et les assembler par des sous-traitants en Europe.

En revanche, les médicaments arrivés récemment sur le marché et dont le brevet n'est pas encore tombé dans le domaine public ne risquent pas de connaître de rupture.

Pour limiter les pénuries de MITM, le professeur Grimaldi recommande la relocalisation de la production sur le Vieux Continent.


Pour ce faire,

Les pays européens doivent travailler ensemble.

Or, ils ne disposent pas de politique commune de sécurité sanitaire, comme c'est le cas pour les AMM (autorisations de mise sur le marché). Le diabétologue suggère ainsi :

Il faut imposer aux industriels disposant de l'AMM d'avoir en permanence au moins six mois de stock du volume de consommation courante des MITM.

Enfin, les stocks stratégiques de produits de santé devraient faire l'objet d'un rapport annuel au niveau de l'Assemblée nationale selon le professeur Grimaldi. Il sera ainsi possible de voter leur mise à jour le cas échéant.