Près de 4 milliards d’euros, c’est le montant des indemnisations que les assureurs vont devoir verser suite aux intempéries qui ont touché la France depuis la fin du mois de mai. Sur ce chiffre, 1,07 milliard sont liés à des sinistres habitations, soit 267 000 immeubles touchés. L’année 2022 s’annonce inédite, les sinistres climatiques atteignant déjà un coût sans précédent sur les vingt dernières années indique la fédération qui représente les sociétés d’assurance, France Assureurs.

Indemnisations en surchauffe

Canicules, inondations, sécheresses, tempêtes, grêles…le réchauffement de la planète ce n'est pas seulement le « plaisir » d'enlever nos manteaux en hiver dans le nord de l'Europe, c'est avant tout une hausse de l'intensité et de la fréquence des risques climatiques auxquels il sera difficile d'échapper.

Nous allons devoir nous protéger et qui dit protection dit assurance, à condition que les assureurs puissent tenir le coup sur la durée. Et là, rien n'est moins sûr. En revanche, on ne pourra pas leur reprocher de ne pas avoir tiré la sonnette d'alarme. Selon les chiffres de son enquête de l'automne 2021, France Assureurs avertit que le coût des sinistres liés aux évènements naturels pourrait atteindre, en cumulé sur les années 2020 – 2050, les 143 milliards d'euros contre 69 milliards d'euros sur la période 1989 – 2019, soit un quasi doublement. L'étude distingue quatre grands types de risques. Pour commencer, le risque des inondations liées aux cours d'eaux, excluant la mer, qui pourrait augmenter de plus de 80 % par rapport à la période 1989-2019, soit un cumul de 50 milliards d'euros en 2050. Viennent ensuite, les risques dus aux submersions marines estimés à près de 3 milliards d'euros sur les trente prochaines années et ceux liés aux tempêtes dont la charge attendrait 46 milliards d'euros, soit une augmentation de 46 %.


La sécheresse : le pire ennemi de l'immobilier

Enfin, il y a le risque de sécheresse. L'étude de France Assureurs projette un coût cumulé de 43 milliards d'euros sur 2020-2050, soit un triplement par rapport à la base de départ sur la période 1989-2019, sur laquelle les coûts s'élevaient à 13,8 milliards d'euros. La sécheresse, c'est d'abord le manque d'eau avec tous ses impacts sur la biodiversité et les cultures (en Espagne, certains villages ont déjà des difficultés d'accès à l'eau potable en ce mois de juillet 2022). Mais la sécheresse, c'est aussi la dégradation des biens immobiliers, à commencer par les maisons. Comme le souligne France Assureurs, le péril sécheresse concerne le phénomène de subsidence, c'est-à-dire l'effet de dommages causés à des bâtiments (maisons individuelles quasi exclusivement) par un effet de retrait puis gonflement des sous-sols dû à une insuffisance de précipitations couplée à des températures élevées. Il est avant tout localisé dans les zones où le sol est essentiellement constitué d'argiles gonflantes, matériaux dont la consistance et le volume se modifient en fonction de leur teneur en eau 1. Murs fissurés, carrelages fendus, dalles de béton qui s'affaissent, sont autant de manifestations du péril sécheresse auquel les assureurs sont très attentifs car, selon leurs estimations, le montant de leur indemnisation pourrait tripler d'ici à 2050.

Cependant, ces risques sont de mieux en mieux identifiés notamment par les pouvoirs publics qui ont recensé les zones d'habitation dangereuses au regard du péril sécheresse 2. De leurs côtés, les assureurs ont fait leurs calculs et mis en lumière que cinq départements sont très touchés et concentrent à eux seuls deux tiers de la hausse de la sinistralité sécheresse : la Haute-Garonne (23 %), la Gironde (19 %), les Bouches-du-Rhône, le Tarn-et-Garonne et le Tarn (8 %).

Hausse des primes ou non assurance ?

Aussi, tout le monde comprendra que l'étau se resserre sur la capacité des assureurs à garantir les risques liés aux changements climatiques, risques qui deviennent de plus en plus fréquents (peut-on encore parler de l'aléa cher à l'assurance) et de plus en plus coûteux. Pour le moment, l'ajustement s'effectue sur les primes qui sont en augmentation. Selon l'Autorité de contrôle du secteur de l'assurance 3, en supposant que les assureurs souhaitent maintenir leurs marges, les primes brutes pourraient augmenter entre 130 et 200 % sur 30 ans. Cette progression est-elle soutenable à l'heure où toutes les ressources sont mobilisées dans la lutte contre la baisse du pouvoir d'achat ? Et au-delà, les assureurs accepteront-ils de couvrir des risques devenus quasiment certains ou préféreront-ils se « retirer » des zones géographiques les plus impactées par le changement climatique ? Ces scénarios sont sur la table.


Pour l'heure, l'objectif est de miser sur la prévention, en travaillant sur des techniques innovantes permettant de réduire le retrait-gonflement des sols argileux ou encore d'équiper les maisons en cas de montée des eaux. Les assureurs sont attentifs aussi à l'évolution du régime de prise en charge des catastrophes naturelles. Ils ont tout récemment émis des préconisations, une fois de plus, au titre de la prévention, à savoir : la réalisation d'une cartographie nationale d'exposition aux risques d'inondations (y compris du ruissellement) et l'actualisation, tous les deux ans de la cartographie de susceptibilité aux phénomènes de retrait gonflement des argiles.

Reste la question centrale : fera-t-il encore bon vivre dans certains régions sous les canicules à répétition et les risques de mégafeux ou faut-il investir dans le nord pour profiter d'un climat plus soutenable à condition de ne pas être trop près de la mer et des risques de submersions ? Quelles que soient les réponses, elles ne seront pas sans conséquences sur le prix des biens immobiliers et donc la valorisation des patrimoines.

1 Rapport du Sénat du 14 octobre 2019 sur la sécheresse de 2003

2 Arrêté du 22 juillet 2020 définissant les zones exposées au phénomène de mouvement de terrain différentiel consécutif à la sécheresse et à la réhydratation des sols argileux

3 Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR)