
Un phénomène croissant
Au début de l'année 2026, le ministère de la Transition écologique a révisé la cartographie de l'exposition du territoire au RGA, confirmant un phénomène en expansion. Alors que les zones à risque s'étendaient déjà 48 % de la superficie du pays il y a cinq ans, elles couvrent désormais à 55 % de la carte. Plus de 12 millions de maisons individuelles, soit 60 % du parc français, sont situés dans des zones où le risque est jugé moyen ou fort. Les régions les plus fortement exposées sont le Centre-Val de Loire, la Bourgogne-Franche-Comté, l'Auvergne-Rhône-Alpes et le Grand Est.
Chère sécheresse
En espèce sonnante et trébuchante, la sécheresse a de quoi donner quelques sueurs froides au monde de l'assurance. En 2022, le marché a calculé le montant de la facture à 2,9 milliards d'euros. Un niveau inédit qui avait balayé le précédent record de 2,1 milliards d'euros que détenait alors l'année 2003. En 2025, le coût de la sécheresse a, selon les chiffres du réassureur public CCR, frôlé le milliard d'euros. En plus d'être coûteux, le péril est complexe?et peut mobiliser des équipes d'experts d'assurance pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, ce qui est une source de frustration et de conflit potentiel entre l'assuré, l'expert et l'assureur. Car à la différence de la grêle et de l'inondation, où les dégâts sont immédiats et évidents, les fissures liées à la sécheresse n'apparaissent pas d'un seul coup et peuvent aussi s'expliquer par d'autre types de désordre qui affecte le bâtiment.
Suis-je couvert ?
La sécheresse est dans la liste des périls couverts par le régime catastrophes naturelles. Comme le rappelle le site de France Assureurs, « les propriétaires ou locataires qui ont souscrit une assurance multirisques habitation sont obligatoirement couverts, au titre de la garantie catastrophes naturelles, pour les dégâts dus à la sécheresse ». La garantie peut jouer dès lors qu'un arrêté interministériel paru au Journal officiel constate l'état de catastrophe naturelle dans le département ou la zone géographique concernée. Les dommages subis et survenus pendant la période définie par l'arrêté, devront être la conséquence directe de cette catastrophe naturelle. « Cette garantie couvre les dommages occasionnés par les mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols. Cette définition exclut la prise en charge des dommages consécutifs à la chaleur », précise la fédération.
Ce qui est garanti
Le périmètre d'indemnisation concerne les dommages matériels directs aux bâtiments y compris la valeur à neuf si elle est prévue dans le contrat, les frais d'études géotechniques nécessaires à la remise en état des biens garantis, les frais d'architectes lorsqu'ils sont obligatoires, les fondations et murs de soutènement de l'habitation ou encore les murs de clôture et le matériel à l'extérieur si ces biens sont couverts par le contrat. A noter qu'une franchise légale de 1520 euros pour les biens à usage d'habitation et non professionnel reste à la charge de l'assuré.
Ce qui n'est pas garanti
Sont exclus les frais de déplacement du mobilier, la perte d'usage, la perte de loyers, le remboursement de la cotisation d'assurance dommages ouvrage, les pertes indirectes, le remboursement des honoraires d'experts d'assurés, les frais d'études géotechniques ou autres, exposés pour justifier ou instruire la procédure aboutissant à la constatation de l'état de catastrophe naturelle par arrêté interministériel, ainsi que les terrains, végétaux, arbres et plantations. Concernant le cas des maisons en construction ou bénéficiant d'une garantie décennale, « les dommages dus à la sécheresse, qui engagent la responsabilité décennale des constructeurs, ne sont pas pris en charge par l'assureur habitation au titre de la garantie catastrophes naturelle. Le constructeur ne peut s'exonérer de sa responsabilité décennale que s'il rapporte la preuve que la sécheresse présente les caractères d'imprévisibilité et d'irrésistibilité de la force majeure », ajoute France Assureurs.
L'avenir sera chaud
Selon les modélisations de la fédération des assureurs, la facture cumulée de la sécheresse pourrait atteindre 43 milliards à horizon 2050. Soit 30 milliards de plus que les 13,8 milliards d'euros enregistrés sur la période 1989-2020. «Au rang des périls que nous avons étudié pour les projeter jusqu'en 2050, la sécheresse est le plus dynamique en termes de développement. C'est aussi l'un de ceux que nous connaissons le moins bien», rappelait Florence Lustman, présidente de France Assureurs. Pour y remédier, la Fédération a embarqué, en 2023, le réassureur public CCR et la Mission Risques Naturelles dans un projet baptisé Initiative Sécheresse. Programmé sur cinq ans, il s'articule sur deux volets. A partir d'un échantillon de 100 maisons non sinistrées situées dans une zone à risque, il ambitionne d'identifier les solutions de prévention les plus efficaces et durables. Sur la base d'un échantillon de 200 maisons sinistrées, il veut également mettre en œuvre et évaluer les différentes options de réparation.
Des travaux coûteux
Car les travaux en cas de sinistre sont tout sauf anodins. Lorsque les dégâts portent atteinte à la structure de la maison, la solution consiste à une reprise en sous-œuvre (RSO) totale ou partielle. Des procédés invasifs qui consistent à poser des micropieux pour stabiliser les fondations et les éléments porteurs du bâtiment. Avec un coût moyen qui dépasse les 100 000 euros, le dispositif est onéreux. Et avec 77 tonnes de CO2 émis, il n'est pas neutre en matière de bilan carbone. Lorsque l'on sait l'effet direct des émissions de gaz à effet de serre sur un réchauffement climatique lui-même moteur de la sécheresse, il est urgent de trouver des schémas où le serpent ne se mord pas queue. L'alternative la plus citée pourrait reposer sur la réhydratation des sols par récupération des eaux pluviales. Baptisée MACH (pour Maison Confortée par Humidification), le système permet de ne pas aggraver la fissure, voire de la résorber partiellement grâce au maintien d'un taux d'humidité constant dans le sol. Autre avantage et non des moindre : il présente un coût presque dix fois moins élevée qu'une reprise en sous-œuvre.
Conseils de prévention
En attendant, il existe quelques conseils de prévention simples pour permettre aux propriétaires de maisons individuelles dans des zones à risque de limiter leur exposition au risque de fissure : élaguer la végétation à proximité des habitations, poser des écrans anti-racines, drainer l'eau de pluie pour qu'elle ne s'accumule pas à un niveau du terrain susceptible de déstabiliser les fondations et rester vigilant sur les fuites de canalisation.